Les Bienveillantes et le Mont Blanc


Tellement d'horreurs face a tant de beauté, la lecture est un bienfait à double tranchant.

On s'extrait brutalement (imaginez le bruit de succion) de la boue de Smolensk pour s'éblouir de toute la pure blancheur d'une majestueuse montagne en hiver.

Toute la gêne éprouvée au récit des aventures de l'Oberstandartenfuhrer Aue persiste comme un goût de vomi quelque soit la beauté du monde réel.

En ce sens, ce livre est déjà une réussite. N'ayant lu que trois cents pages, à peu près un cinquième de ce pavé, je me sens nauséeux comme il convient. Pourtant le jardin japonais planté à flanc de montagne, le chalet qui cache une minuscule chapelle, tout l'environnement porte à la sérénité.

Mais l'objet est là, au format d'une bible de poche imprimé sur un papier presqu'aussi fin, dense et lourd de la menace qu'évoque sa couverture rouge tailladée, qui arbore fièrement son Goncourt.

Réunir en un volume toutes les horreurs de la campagne de Russie, c'est un tour de force littéraire, certainement.

On sent une documentation énorme, des recherches profondes, une minutie dans les détails qui inspire un certain respect.

Tout cela cependant sent la surcharge, la recherche d'effets, un air d'artifice qui risque d'éclipser tant de vrais récits, d'autobiographies plus méritantes parce que plus vraies.


Le choix du narrateur et son histoire, ses histoires dans le récit, une mouche se cognant à toutes les vitres du destin, prêt à tout pour participer à la grande oeuvre de son pays, mais tellement fragile et amer, passif aussi devant sa vie comme devant les évènements qu'il rencontre. Est-ce qu'on veut nous donner un modèle ? Excuser d'avance ceux qui ont perpétré de tels actes ?

Sujets traumatisés qu'un lavage de cerveau politique a rendus esclaves de leur système.

Voyez comme il est facile de devenir un bourreau, mais seulement si l'on a vécu une histoire personnelle aussi triste, si les circonstances ont brisé votre espoir dans l'humanité.


Pourtant je me sens tenu d'aller au bout du récit, on verra.

... au bout, il n'y a pas grand chose de plus, la déliquescence et la folie du regime suit celle du narrateur, il en reste surtout une belle trace de merde, "a dirty sanchez kind of book".

Et pendant ce temps, on trouve toujours des charniers.





Commentaires

  1. un lecteur avec des moustaches en chocolat16:16

    Pour les nouveaux:

    Dirty Sanchez ce n'est pas seulement le truc sur MTV, mais aussi une position (et en icones, via Konnecticut)

    j'espere que vous comprenez maintenant mieux l'expression "a dirty sanchez kind of book".

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  2. Précision ajoutée, cher lectediteur...

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  3. ??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

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  4. ǔƞ lęcƫǝưr14:53

    AyOuB a écrit:
    >??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

    soit t'as un problème d'unicode,
    soit tu es perplexe

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  5. Anonyme12:59

    MGZA a dit : Je penche pour la perplexité, que je partage totalement :)

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