Vas, cours et reviens



Les chariots de feu.


 Depuis la première fois, il y a très longtemps, sous un dossard déjà au nom d'un autre, cet air grandiloquent me met la larme à l'oeil.

Il fait beau, un peu trop chaud, je suis au milieu des champs-Élysée, en short, avec 40000 autres runners, surement pas le seul avec l'oeil humide.
Le temps de lancer cette foule et nous allons tous courir plus ou moins longtemps, mais tous 42,195 km ou aussi loin qu'on le pourra.
40000 individus au début du même parcours au bout de chemins tellement différents et dans des états tellement variés.
Ce matin j'ai fait le chemin le plus court de mon expérience pour arriver là. 

Prendre le départ au bout d'une préparation un peu juste c'est une chose, quelques heures ça parait soudain bien peu.
Le temps de penser "tiens, c'est le marathon de Paris dimanche" ce vendredi après midi en lisant un twit. Le temps d'échanger quelques mots, et puis cette proposition, cette confiance tellement naturelle et la pensée fugitive prend réalité là, tout de suite, c'est possible.
Un marathon ça ne se pointe pas comme ça, ça se mûrit, ça se prépare, ça s'imprime dans les jambes en kilomètres d’entraînement.

Mais cette fois-ci c'est possible, un peu comme la première fois.
Ce n'est pas si dingue, le nouveau moral est plus solide,  physiquement tout roule, peut-être que les parcours hors route suffiront à adoucir le goudron, peut-être que j'irai au bout, sur que je n'aimerai pas rater l'occasion de reprendre ce circuit-là, qui sait quand ça reviendra.
Et je suis un peu le seul à me poser des questions.
Où que je me tourne je n'entends que "Oui", "Vas y", les obstacles s'aplanissent, les obligations s'effacent, les sourires me poussent.
"Mais Papa, c'était quand la dernière fois ?" Enfin une petite voix raisonnable, mais pas inquiète. Tu étais bien petite, ma grande, mais ça ne parait plus si loin.

Déjà il y avait ces gens dans le nuage, avec leurs histoires banales, drôles ou très tristes, à l'écoute ou pas, déjà ces étranges relations tellement réelles.






L'écoute ou l'échange dure depuis tout ce temps avec certains ou certaines, c'est fou mais ça pousse aussi, mériter cette confiance ça vaut quelques assiettes de pâtes. Le parcours solitaire de la préparation s'est peuplé  de ces voix, de ces sourires.
Tout ça est devenu important, quotidien, partie de la vie, augmenté parfois de rencontres.

Quoi de mieux que de passer la soirée précédente avec certains de ces gens bien, justement, que de pouvoir rencontrer celle qui après n'avoir été qu'une écriture rend la course possible et concrète, comment ne pas être au départ avec tout ça de bonnes vibrations.
Et voilà on est partis.
C'est comme ça que j'ai vraiment pris le goût de Paris, je crois, au pas de course un peu lent dans les avenues, sans voitures et pleines de fous.
Puis ça s'est bien passé, aussi loin que possible avant d'affronter la réalité de l'impréparation, quelque part après avoir épuisé les dernières réserves de crêpes magiques, embrassé mes chéries, un peu trop d'émotion qui fait fondre les jambes.  
Même ensuite, ce fut long mais toujours pas de souffrance, jamais seul, facile de trouver au fond de la tête toutes les bonnes raisons d'arriver, tous les coins de plage au soleil.
Et puis courir encore un peu, pour la reine, passer cette ligne en levant les bras, c'est tellement bon.
Encore une larme pour la joie d'avoir fait le tour, une médaille bien lourde et c'est déjà fini.
Vite la vie reprend, par terre ou dans le nuage, juste un peu plus

riche de souvenir et de sourires.

 Thanks for all the crepes



 














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#marathon
#paris
#2014
#LeLienPublic

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